.... de Raymond Maufrais

Avec Maas, Indien Oyampi Juan avec un bel aïmara Papa Maufé Sur le Camopi Sur le Tamouri

Le 13 janvier 1950 le jeune explorateur toulonnais Raymond Maufrais disparaissait sur la rivière Tamouri, aux confins du territoire de l'Inini, en Amazonie guyanaise. Depuis la mi-novembre 1949, il tentait d'accomplir, avec la seule compagnie de son chien et un équipement inadapté un raid impossible : rallier Maripasoula sur le Maroni en Guyane française à Belém à l'embouchure de l'Amazone au Brésil. Soit un parcours d'environ deux mille kilomètres à travers la forêt en grande partie inexplorée à l'époque. Ce défi inouï incluait, comble de la difficulté, la traversée des mythiques Monts Tumuc-Humac, et les remontées et descentes de dizaines de rapides et sauts impétueux du Camopi, de l'Oyapock, du rio Kouc et enfin du rio Jari.

Cette disparition aussi tragique fut-elle - surtout quand le carnet de route de l'intrépide garçon, récupéré par un Indien et remis aux autorités révéla les épouvantables circonstances du drame - serait vraisemblablement tombée dans l'oubli si, entre 1952 et 1964 le père du jeune homme, Edgar Maufrais, n'avait lui-même entrepris des recherches, toujours infructueuses, sans cesse recommencées, à travers l'Enfer vert.

Avec son expédition inachevée et cruelle, Raymond avait soulevé, y compris chez les plus sceptiques, une sincère et légitime émotion. Edgar lui, suscita l'admiration, souvent la compassion de ses contemporains, sidérés par la témérité de ce quinquagénaire malingre, porté dans les épreuves par un amour paternel indéfectible. Malgré lui il vola la vedette à son fils, même si son action conféra au disparu la notoriété posthume qu'il n'avait jamais connue de son vivant.

Le parcours amazonien de cet homme obstiné fut si extraordinaire, qu'aujourd'hui, l'odyssée des Maufrais, figure toujours parmi les événements les plus mémorables de l'après-guerre. Surtout pour les personnes qui, à des titres divers y ont été mêlées.

Parmi la petite dizaine d'Européens qui, pendant douze ans, se sont passé le relais pour seconder le père courageux, j'ai été celui qui l'assista le plus longtemps, en 1956-1957. Avec Edgar Maufrais, j'ai participé, alors que je n'avais que dix-neuf ans, à deux expéditions, dont une, la plus longue des vingt-quatre qu'il ait mises sur pied, fut aussi épuisante qu'inédite : la liaison Oyapock-Maroni, par le chemin des Emerillons, précédée de l'ascension du Sommet Tabulaire, et d'une navigation forcée, seuls, sur le Tamouri. Nous avons connu au cours de ces épreuves la maladie, l'angoisse, le découragement, la faim, la fatigue et la fièvre, en résumé, toutes les misères qu'avait endurées six ans plus tôt, au même endroit, Raymond Maufrais.

Quand enfin, exténués et tenaillés par une faim inextinguible, nous fûmes sauvés par des Indiens, une seule conclusion s'imposait : Raymond Maufrais était mort. Mais le malheureux père ne se résolut jamais à admettre cette hypothèse, pourtant la seule qui pouvait être avancée. C'est pourquoi, après les deux expéditions que je fis avec lui et qui auraient dû, logiquement, être les dernières, Edgar Maufrais poursuivit sa quête insensée jusqu'en 1964. En vain.


 

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